Wozzeck - 1995 Opera
Production
Reviews of the Opera
Montreal
production meets challenge brilliantly
Ray Conlogue
Alban Berg's Wozzeck is one of the great
pieces of music theatre written in our century. But while the opera world
has been equal to the demands of its violent 12-tone score, it has fled
from the work's theatrical face. Not many sopranos long to play a
prostitute who is seen to copulate with her clients onstage.
But it Is the uncompromising reality of
the work that has got to be dealt with if you are to see a great
production such as the one that has been playing this week in Montreal.
To begin with, Lorraine Vaillancourt of
the Nouvelle Ensemble Moderne and director Nicholas Muni spent four years
searching Europe, Canada and the United States for the two casts of the
production, which first played last summer at the Banff Festival. The cast
I saw Tuesday night, particularly Belgian soprano Judith Vindevogel as
Marie and Canadian baritone Doug MacNaughton as Wozzeck, played their
roles with unflinching courage and sang them with Impassioned clarity.
The opera's setting has been moved from
the Europe of the 1830s to Germany after the Second World War. Wozzeck is
now a cashiered German soldier who lives in a ruined building with Marie
and their child. He does odd jobs for the conquering Americans,
represented chiefly by an enormous Marine drum major in formal blues, a
creepy and hypocritical army chaplain and a grotesque psychologist who
takes on the increasingly disoriented Wozzeck as a case study.
Wozzeck is a 'natural' man who cannot
adapt to rapid technological change: The Unabomber is his spiritual
descendant He hallucinates and becomes detached from reality. The most
haunting passages of Berg's music allow us to share Wozzeck's loss of
contact with the world, and with Marie.
Marie, who prostituted herself while
Wozzeck was away at war, expects him to save her from having to do so
again. But, in spite of her glares, he seems Indifferent to the persistent
visits of the U.S. Soldiers. Marie, crying "one man is as good as
another," finally gives in. Wozzeck diverts himself by obsessively
sweeping the ashes and wood shavings that cover the stage, creating a
clean circle. In the midst of this circle, Marie receives her obese
clients, straddling them while they sit on a chair, as Wozzeck sings his
aria of alienation.
The panache of Muni's directing is
equalled by the confidence of John 'Rea's re-orchestration of the opera
for 21 instruments instead of the approximately 100 usually used. Rea has
said that he had to go to the core of the "enormous [musical]
aggregates" of Berg's score, a work that sometimes verged on writing
new music. The small corps of musicians employed must play almost
continuously throughout the opera, often attacking passages that were not
originally conceived for their instruments.
The critics in Montreal find Rea's work
to have been successful from a musicological standpoint. For my part, as a
casual opera listener, I can only say that it is a convincing reproduction
of the savage energy that Berg sought to evoke. And it will make this
opera accessible to many small companies that could not afford otherwise
to produce it.
Finally, Peter Werner's set is
extraordinary. The three stage walls are covered with flats painted to
represent the walls of a building that has been strafed and bombed. The
stage is the 'interior courtyard' of the building, a desolate zone of
broken glass and weather-beaten furniture where Wozzeck lives.
In the second half of the opera, a huge
disc-shaped portion of the rear wall, five storeys high, detaches itself
and lowers slowly into the courtyard like a gigantic draw-bridge. Wozzeck
plays out the last moments of his life hunched beneath the slowly
descending wall. It is a brilliant physical metaphor for a production that
brilliantly confronts the challenges of the opera.
Reviewed by Ray Conlogue
<Return to
Wozzeck Listings>
Le NEM triomphe en
une phénoménale production de Wozzeck
François Tousignant
Il est des oeuvres phares qui marquent le
monde. Montréal n'a pas toujours la chance de les entendre alors, quand
on les présente, on accourt.Wozzeck est de ce type-là.
Ne serait-ce que pour son importance, le
spectacle vaudrait le détour. On peut enfin voir ici une oeuvre acclamée,
depuis sa création en 1925, sur toutes les grandes scènes du monde.
Comme en plus il s'agit d'une réussite éblouissante et bouleversante,
1'événement devient incontournable: cette présentation de l'opéra de
Berg constitue le point fort de toute la saison d'opéra à Montréal Une
soirée remplie de miracles.
Le premier est la réorchestration de
John Rea. Il a su garder toute l'opulence de la partition de Berg sans que
jamais on sente qu'il y manque quoi que ce soit. On ose à peine se
plaindre du manque de cordes par endroits, tellement tout passe bien.
Cela est dû au deuxième miracle: la
direction de Lorraine Vaillancourt. S'il faut dire la précision de sa
battue, son efficacité dramatique, la grande qualité de son ensemble,
rien de cela ne tient face à l'incroyable souffle qu'elle imprime à la
partition. A la fois de feu et de glace, elle rend plus que justice à
l'opéra dans son épaisseur musicale, psychologique et humaine, ce que
l'instrumentation des différents motifs vient toujours confirmer.
Le troisième miracle, c'est la
distribution. Desmond Byrne est, sans se tromper, un des très grands
interprètes du role de Wozzeck. Non seulement le maitrise-t-il vocalement
à la perfection, mais il joue avec tellement d'intensité qu'il fait peur.
J'en tiens comme exemple cette station debout avant la cinquième scène
du deuxième acte, où il nous regarde avec tout l'effroi et toute
I'angoisse du monde. Que de désolation - de la vraie celle-Ià, pas des
larmoiements de riche princesse éplorée - dans ce regard; le propos
social de I'Ïuvre est magnifié sans caricature, aussi puissamment qu'un
formidable uppercut. L'opéra est la scène de toutes les passions,
exacerbées. La fadeur n'y tient pas. On ne trouve rien de tiède dans ce
Wozzeck-là.
En face de lui, Louise Marcotte fait une
Marie renversante d'humanité. La berceuse de la troisième scène, la
lecture de la Bible du troisième acte, même les moments les plus atroces
où elle est forcée de se prostituer, sont chantés par une voix
splendide, qui offre plus que des promesses, et qui promet beaucoup.
De plus, elle joue avec une intensité
qui n'a d'égale que celle de Byrne. Avec une telle interprétation, elle
deviendra sûrement la figure de proue des mouvements s'opposant à la
violence faite aux femmes. Ici encore, les propos de Büchner (des années
1820!) et celui de Berg (des années 1920!) tombent tout à fait justes.
Le reste de la distribution est aussi de
trés haut niveau. Les grandes exigences artistiques de Vaillancourt
portent fruits partout: tout le monde se hisse à la hauteur de son idéal,
pour notre plus grand bonheur.
Et voici encore un miracle: la
scénographie. L'adaptation a I'Allemagne occupée par les Américains est
tout à fait plausible et frappe en plein plexus solaire. On peut même
imaginer l'opéra transposé à Sarajevo, ou en Somalie, partout où le
drame humain se joue, où la bêtise militariste exploite "les
pauvres gens", principal leit-motiv de l'oeuvre.
Même chose pour l'exploitation de
I'homme par la médecine et la psychiatrie, qui est toujours un sujet
d'actualité pour quiconque déambule un tant soit peu dans le Centreville
de Montréal. Berg nous convainc de sa plus que sypathie pour les "déshumanisés
du monde".
Le décor est effroyablernent efficace.
Tout au long de l'opéra, au centre de ces portes et fenêtres où tous
s'espionnent et se méprisent, sorte de déchirure du tissu urbain,
Wozzeck creuse as tombe, l'etang dans lequel il s'enfoncera. Je me retiens
de vous décrire la scène de la noyade. Il faut absolument voir cela. et
entendre la musique et les grenouilles qui animent ce tableau.
Wozzeck est un opéra violent, mais aussi
profondément humain qui décrie la misère et I'hypocrisie tout en
émouvant le cÏur, et il y avait beaucoup d'émotion dimanche soir. Il ne
vous reste que trois soirs pour voir cette production. Pris aux tripes,
vous en sortirez grandis et combien plus riches de la vérité de I'art de
lopéra. Tante bravissimi aux courageux passionnés qui ont su mener a
bien ce qui ici passe presque pour une mission apostolique. Cela risque de
changer bien des chose...
<Return to
Wozzeck Listings>
Return
to yearly index
|